Modeler la terre est l’acte premier de la plupart des récits de création. Un acte lourd de conséquences puisqu’il met au monde des créatures désemparées.


Les sculptures de Muriel Dumoulin, des corps, des bustes, des têtes, me touchent par la simplicité avec laquelle elles montrent la tragédie d’être. Ces créatures de terre ne sont ni dans la mimesis ni dans l’abstraction.


Les corps sont souvent déchirés ou se déchirent eux-mêmes ; les têtes sont fendues, trouées, ouvertes ; il manque parfois des morceaux. Ce n’est pas de l’inachèvement ou un pathétisme facile, mais une invitation à nous pencher au bord de l’abîme, à observer le gouffre de ces corps, de ces têtes pour découvrir le travail de leur nature, de l’énergie qui les modèle de l’intérieur.


Ces œuvres nous rappellent que la recherche de soi, de l’origine, du lieu natal, ne peut se faire que dans la violence, la déchirure du corps et de la mémoire. Il s’agit d’une quête dans laquelle nous ne sommes jamais assurés de posséder quoi que ce soit, hors peut-être, l’attente du devenir, de l’éveil. Une façon d’être au monde qui se situe aux rives de la spiritualité.

Carlos Horcajo

 

 

 

muriel dumoulin - sculpteur
Copyright (c) 2007 Active Art Tous droits réservés (AVLB/C2524)




admin