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Modeler la terre est l’acte premier de
la plupart des récits de création. Un acte lourd de conséquences
puisqu’il met au monde des créatures désemparées.
Les sculptures de Muriel Dumoulin, des corps, des bustes, des
têtes, me touchent par la simplicité avec laquelle elles montrent la
tragédie d’être. Ces créatures de terre ne sont ni dans la mimesis
ni dans l’abstraction.
Les corps sont souvent déchirés ou se déchirent eux-mêmes ; les
têtes sont fendues, trouées, ouvertes ; il manque parfois des
morceaux. Ce n’est pas de l’inachèvement ou un pathétisme facile,
mais une invitation à nous pencher au bord de l’abîme, à observer le
gouffre de ces corps, de ces têtes pour découvrir le travail de leur
nature, de l’énergie qui les modèle de l’intérieur.
Ces œuvres nous rappellent que la recherche de soi, de l’origine, du
lieu natal, ne peut se faire que dans la violence, la déchirure du
corps et de la mémoire. Il s’agit d’une quête dans laquelle nous ne
sommes jamais assurés de posséder quoi que ce soit, hors peut-être,
l’attente du devenir, de l’éveil. Une façon d’être au monde qui se
situe aux rives de la spiritualité.
Carlos Horcajo |